Maestro suizo despedido por no poner un crucifijo en una escuela pública

Le libre-penseur Valentin Abgottspon, licencié en raison de son combat pour la laïcité, a été engagé dans une école publique. Il promet de ne pas faire de vagues.

Licencié en octobre 2010 après avoir refusé de raccrocher le crucifix dans sa classe d’une école secondaire de Stalden, dans le Haut-Valais, le libre-penseur Valentin Abgottspon a retrouvé un poste dans l’école publique valaisanne. Fin mai, alors qu’il désespérait de retrouver du travail, il déclarait à la «NZZ am Sonntag»: «L’école publique valaisanne m’évite, comme le diable évite l’eau bénite.»
Du côté du Service de l’enseignement du canton, son chef Jean-François Lovey précise que jusqu’au Cycle d’orientation, l’engagement d’un enseignant relève des communes. Les nominations doivent cependant être entérinées par le Service de l’enseignement cantonal qui vérifie si la mise au concours du poste s’est correctement effectuée et si le candidat est porteur des titres requis. La commune de Mörel, que nous n’avons pas réussi à joindre hier, n’a pas encore adressé une telle demande concernant M. Abgottspon. Son combat a par ailleurs retenu l’attention du magazine «Beobachter» qui, en hommage à son engagement pour «la liberté de croyance garantie par la Constitution», l’a nominé avec six autres candidats pour son prix Courage, doté de 25 000 francs (10 000 pour le prix du public, qui peut voter). Entretien.

Vous avez retrouvé du travail?
Valentin Abgottspon: Oui. La direction du Cycle d’orientation de Mörel, près de Brigue, m’a engagé il y a une dizaine de jours à 60%. Je ne m’y attendais pas et j’étais prêt à m’exiler à Genève ou Zurich, où il y a de la demande. La direction de cette école publique a fait preuve d’un grand courage.

Y aura-t-il un crucifix dans votre classe?
Je ne sais pas. Dans cette école, certaines en ont, d’autres pas. J’ai promis à mon nouvel employeur que Mörel ne deviendrait pas à son tour un lieu de polémique. Il n’y aura rien à changer à cause de moi, et moi, je n’aurai pas non plus à changer. Il n’y a que quatre messes durant l’année et je n’aurai pas à y assister. J’ai juste dit que je serais heureux qu’un crucifix ne trône pas au-dessus du tableau noir. Mais s’il y en a un petit ailleurs, alors je mettrai simplement sur mon bureau le (libre) penseur de Rodin…

Vous ne pouvez plus vous permettre de faire de l’activisme…
Mais à Stalden, ce n’était pas de l’activisme. C’est un politicien voulant se faire de la publicité qui a porté l’affaire dans les médias. Moi, j’ai, via des courriers au département, posé des questions que, certes, l’on n’aime pas entendre en Valais. Je me suis dit que si personne ne réclame justice, rien ne va jamais changer.

Quelle injustice combattez-vous?
La disposition de la loi scolaire cantonale valaisanne, selon laquelle les élèves doivent «se préparer à leur tâche de personne humaine et de chrétien», viole la Constitution fédérale qui garantit la neutralité religieuse. C’est ce que dit un avis de droit de Markus Schefer, professeur de droit constitutionnel à Bâle. En pratique aussi, l’école publique valaisanne s’identifie fortement au catholicisme: il y a des crucifix partout et on va à la messe. Le message, pour les enfants d’autres religions ou sans religion, c’est qu’ils ne font pas vraiment partie de l’école.

Les libres-penseurs sont une «espèce rare» en Valais?
Les libres-penseurs «organisés», oui. La section valaisanne – que je préside – de l’Association suisse des libres-penseurs compte seulement 40 membres. Mais la libre-pensée ou l’indifférence à la religion sont présentes en Valais, même si ce canton n’est que très partiellement laïque. L’évêque y a encore un grand poids.

Où en est la procédure contre votre licenciement?
Le Conseil d’Etat doit encore se prononcer, mais je ne me fais pas d’illusions sur cette étape politique au vu des déclarations que Claude Roch (chef de l’Instruction publique, ndlr) a faites dans la presse. Ensuite, le Tribunal cantonal devra juger. Je suis prêt à aller jusqu’au Tribunal fédéral. On prétexte une perte de confiance pour m’avoir licencié avec effet immédiat, alors que c’est l’école de Stalden qui viole la Constitution fédérale.
Comment avez-vous vécu ce licenciement?
On a détruit ma vie sociale, j’ai reçu des lettres de croyants m’invitant à me suicider, à me jeter d’un pont, à prendre du poison contre les rats!

Cette affaire ou celle du guide qui a scié une croix sur une montagne fribourgeoise, ont poussé le PDC à déposer une initiative fédérale pour défendre les symboles chrétiens dans l’espace public. Votre combat est-il contre-productif?
C’est le devoir des libres-penseurs et des défenseurs de la laïcité de rappeler que nos valeurs humanistes – égalité, liberté de pensée, etc. – ont été établies contre les Eglises et les religions. En Suisse, beaucoup craignent la montée d’un islam radicalisé. Mais ils ne nous aident pas en maintenant des crucifix dans les classes. Imaginez que j’aie un entretien avec un père qui, au nom de sa religion, refuse à sa fille qu’elle poursuive ses études. Comment lui parler d’égalité avec un symbole, en classe, d’une religion elle-même contraire à l’égalité hommes-femmes? La seule réponse, c’est la laïcité.

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